This interview was first published on www.emofag.net
De par ses activités de musicien et de label manager, Shaxul est une figure incontournable du Metal underground. Son label, Legion Of Death, est aujourd’hui LA référence en matière de Metal extrême issu des quatre coins de la planète. Fort d’un catalogue comprenant des groupes allant de l’Afghanistan à la Malaysie en passant par la Thaïlande, la Jordanie et les Philippines, le label, qui presse uniquement du vinyl en édition limitée, ouvre la voie à une scène majoritairement ignorée du grand public. Un interlocuteur idéal donc pour notre deuxième épisode de la série East Of Hell, consacrée à la scène Black Metal d’Asie du sud-est. Activiste passionné et ardent défenseur de la bannière Metal, Shaxul nous parle ici de son label et de ses projets musicaux, de ses motivations et de sa vision de l’underground, sans fausse modestie ni langue de bois. Un discours aux antipodes du music-business et une dévotion exemplaire… Trop rare pour qu’on passe à côté.
emofag: Avé Shaxul, peux-tu te présenter à nos lecteurs?
Shaxul: Infernal hails. Je m’occupe du label Legion Of Death Records. Côté groupes, je fais partie d’Arphaxat (batterie/basse) et d’Annthennath (chant).
e: Tu es là pour nous parler de ton label, Legion Of Death. Peux-tu retracer pour nous l’historique de celui-ci? Quelles étaient tes motivations à l’origine? Tes premières sorties? Voulais tu dès le départ te concentrer uniquement sur des groupes non-européens?
S: Le label est né début 2001, sur l’initiative de Karnage (créateur d‘Eternal Fire Zine). Je l’ai rejoint immédiatement sur ce projet. Nos motivations étaient de soutenir les scènes méconnues que nous avons toujours adorées, donc oui, notre but initial était de se concentrer sur des groupes non-Européens. Notre première sortie nous a permis de nous faire connaître facilement puisqu’il s’agissait d’un split 7″EP entre 2 groupes Japonais de légende: Sabbat et Terror Squad.
e: Il s’agit souvent de pays ou la pression sociale est plus forte pour les individus en marge, la religion plus présente dans les mœurs et la censure plus active… Est-ce que tout cela contribue selon toi à l’authenticité de la scène Metal de ces pays?
S: Bien évidemment. En Europe, tout est très facile, la société est relativement tolérante. Dans certains pays, c’est l’inverse et tu dois te battre, parfois même au péril de ta liberté ou de ta vie pour faire vivre ton groupe de Metal. Ce type de situations, où tout est difficile au quotidien, influence forcément ta musique et tes paroles.
e: Tu as au cours de ta carrière de musicien, joué avec des groupes de ces contrées: tu a été musicien live pour Surrender Of Divinity. Est-ce que tu as joué en Thaïlande avec eux? Raconte nous tout!!!!!!
S: J’ai fait un voyage en Thaïlande avec ma femme en novembre 2006 et il se trouve que Surrender Of Divinity, avec qui je correspond depuis toujours, avait prévu un concert pour fêter leurs 10 ans d’existence. J’ai donné au groupe 3 textes pour leur deuxième album “Manifest Blasphemy”, et ils m’ont demandé de chanter l’un d’eux sur scène. J’ai accepté et ce fut une expérience hallucinante que je n’oublierai jamais. Le public est déchaîné et respectueux à la fois. Salutations à tous mes amis du Royaume de Siam!!!
e: Comment s’est faite la prise de contact et l’échange avec les autres? Est-ce que la culture Metal que vous aviez en commun rattrapait les autres différences culturelles?
S: Oui, nous sommes des metalleux avant tout, contrairement à certaines modes actuelles qui visent à déprecier le Metal, comme ces tapettes qui viennent dire “je suis plus “Black” que “Metal” en fait”. Je crois en une forme d’élitisme au sein du Metal. Ensuite viennent les différences culturelles, qui personnellement me passionnent. J’aime découvrir des cultures différentes, mais aussi faire découvrir la mienne. Ceci dit, une fois de plus, le Metal reste l’élément numéro 1 qui nous réunit. Mais je tiens à préciser que je soutiens tous les groupes Européens qui le méritent, et côté culture, je suis Poitevin et très fier de l’être, et toujours prêt à faire découvrir cette culture. Je précise car certains crétins pensent que nous boycottons totalement tout ce qui vient d’Europe et que nous serions prêt à signer n’importe quel groupe minable tant que ça vient d’en dehors du “vieux continent”…
e: Comment se passe les concerts là bas ? J’ai entendu parler de véritables tornades d’hystérie lors des concerts Metal en Asie, Amérique du Sud etc…
S: En Asie, à ma connaissance, et pour ce que j’ai pu voir en Thaïlande, ça reste assez mesuré, dans le sens où il n’y pas de débordements. Les gens deviennent fous, hehe, mais restent des passionnés, et te parlent avant le concert, achètent aux stands Metal, etc… En Amérique du Sud, malheureusement je n’y suis jamais allé mais je sais que c’est parfois très brutal. Il y a parfois eu des morts à certains concerts underground. Mais il s’agit plus de règlements de compte qui n’ont pas vraiment de rapport avec le Metal. Ceci dit le public est très souvent déchaîné aussi, d’après ce que je sais, et j’aimerais bien vérifier ça par moi-même!
e: Peut-on être bouddhiste et jouer dans un groupe de Black Metal ?
S: C’est quasiment impossible. Je vais prendre l’exemple de certains membres de Ritual Day (Chine) qui sont proches du bouddhisme. C’est une religion un peu à part, dont certains aspects peuvent être pris de manière philosophique. Même si le fait de faire passer le bouddhisme comme une philosophie plutôt qu’une religion dans les médias est d’une hypocrisie sans borne, puisque les gens vénèrent Bouddha comme leur dieu ou comme leur prophète. Mais certains enseignements ne sont pas inintéressants et peuvent être compatibles avec le Black Metal. Personnellement je rejette totalement toute forme de religion (au sens large) qui n’est qu’un lavage de cerveau t’empêchant de penser par toi-même. En terme d’anti-bouddhisme, je soutiens donc des groupes comme Sabbat ou Surrender Of Divinity qui ont écrit des paroles sur le sujet. L’exemple de Ritual Day est tout à fait particulier et bien sûr ce ne sont pas des intégristes de la chose, ils adhèrent simplement à certains préceptes, inhérents à leur culture. Mais pour répondre à ta question d’une autre manière, dans l’absolu on peut être musulman, chrétien, bouddhiste etc… et jouer dans un groupe de Black Metal, ça voudra juste dire que les membres n’ont absolument rien compris à ce genre et qu’ils feraient mieux d’arrêter immédiatement. Personnellement je boycotte ce genre de groupes à 100% et quand je suis en contact avec un groupe, je veille à ce que les membres n’aient aucune religion.
e: Tu as également collaboré avec ce culte du Metal qu’est Sabbat… Qu’est-ce que ce groupe et ce que tu as fait avec eux représente pour toi? Comment les as-tu rencontrés ? Dans quelles conditions s’est déroulé l’enregistrement du EP?
S: Sabbat? C’est le meilleur groupe de Black Metal de tous les temps! Je suis en contact avec Gezol depuis plus de 10 ans. C’était donc naturel pour moi de leur proposer de faire le “French Harmageddon” lorsqu’ils faisaient toute cette série de 7″EP. C’est sorti sur End All Life Productions, le 1er label dont j’ai fait partie. J’ai chanté en Français le morceau “Hellfire” (“Les Flammes De l’Enfer”) en face B. Egalement, la première sortie de Legion Of Death Records présente le morceau “Black Fire” (“Le Feu Noir”) chanté en Français par Gezol lui-même, j’ai traduit et il a tout retranscrit phonétiquement, et franchement, il s’en sort vraiment très bien pour quelqu’un qui ne comprend rien à la langue!
e: On termine ce chapître sur ton rôle de session-musicien avec ta participation au projet Barbatos. As-tu quelques anecdotes à partager avec nous à ce sujet ?
S: J’ai fait la batterie pour Barbatos pour le Drakkar Hellfest 2001 et sur le 7″EP que nous avons sorti avec LEGION OF DEATH Records, “War Metal Drinkers”. Yasuyuki est un type excellent, Metal jusqu’à la moëlle! On a répété de façon intense pendant une semaine avant le concert, ces souvenirs sont inoubliables. Yasuyuki avait ramené du sake dans de petits briques façon jus de fruit ha ha, excellent! Sur scène, il se plaisait aussi à répéter des mots Français que nous utilisions fréquemment, du genre “Putain!” hehe…
e: Revenons un peu à ton label. Tu t’intéresses à des pays ou la scène Metal n’a jamais dépassé ses frontières: Madagascar, Afghanistan, Jordanie, Bangladesh… Comment as-tu découvert ces groupes? S’agit-il de pays ou tu as toi même voyagé?
S: Je n’ai malheureusement jamais voyagé dans ces pays, même si j’espère pouvoir le faire un jour. Mais je m’intéresse à leur histoire et leur culture. Certains groupes m’ont contacté, et pour d’autres, je les ai découvert sur Internet car dans certains pays, c’est ton seul moyen de communication avec l’extérieur. Je pense notamment aux pays islamiques dont les douanes confisquent tout paquet qui contient quelque chose en rapport avec le Metal (disques, zines, merchandising etc…).
e: Raconte nous un peu un voyage dans un pays qui t’a particulièrement marqué, pas seulement au niveau musical d’ailleurs…
S: Pour l’instant, je n’ai malheureusement pas beaucoup voyagé à l’étranger (République Tchèque, Espagne, Irlande, Italie, Thaïlande, Singapour). Incontestablement, mon voyage en Thaïlande m’a marqué à jamais. Côté Metal, j’ai pu rencontrer des amis avec qui je suis en contact depuis très longtemps (Surrender Of Divinity, Witchammer Records, Darkness Against Light Zine, etc…). Mais j’ai pu découvrir un pays aux coutumes et à la culture fascinantes, je suis allé dans des lieux chargés d’histoire à l’architecture à couper le souffle, bref un émerveillement de chaque instant. A Singapour, c’était fantastique également car le caractère insulaire du pays est plaisant, surtout par le fait que tu as l’impression de traverser toute l’Asie dans un si petit endroit, puisque trois communautés cohabitent: Chinois, Indiens et Malaisiens. J’ai pu rencontrer mon vieil ami Shyaithan dans son Metal Shop nommé “To Megatherion”, les cinglés d’Ironfist et le rédacteur de Domain Zine. J’ai beaucoup apprécié l’Italie, où mon tatoueur Nicola (ex-Morbid Upheaval/Goatfire) a eu du travail hehe, mais il nous a aussi permis de découvrir des lieux magnifiques. On a pu aussi assister à un concert avec des groupes que j’adore : Frostmoon Eclipse / Blasphemophagher / Morbid Upheaval. L’ambiance là-bas est très différente de ce qu’on voit en France, plus détendue, ce que j’ai retrouvé en Thaïlande, mais en bien plus développé tout de même.
e: Curieusement le Pérou semble être un vivier inépuisable d’excellents groupes de Metal… Comment tu expliques ça?
S: La scène Péruvienne est active depuis très longtemps. Les ignorants pensent que les groupes de là-bas se contentent de copier les groupes Européens. C’est grotesque, évidemment. Des groupes sont actifs depuis le tout début de l’apparition de groupes dits “extrêmes”, et certains sont toujours en activité, je pense notamment aux dieux ultimes du Pérou : Mortem! Si les groupes sont souvent excellents au Pérou, c’est qu’ils ont peu d’accès aux groupes à la mode, et se contentent des vieux groupes cultes tels Possessed, Venom, Bathory, Sepultura, Sarcofago, Pentagram, etc… qu’ils ont pu découvrir à leurs débuts. Désormais, c’est un peu différent avec Internet et bien sûr le Pérou a aussi son lot de groupes pourris à la mode, mais très souvent, ils sont respecuteux des traditions et du coup, ça s’entend, chez des groupes tels Anal Vomit, Goat Semen, Levifer, Saram, Nahual, Hadez, Hell Torment, Necropsia, Epilepsia, Illapa, etc…
e: Ton label à produit un nombre assez important de disques dont la plupart sont aujourd’hui sold-out. Peux-tu nous expliquer ce choix de ne sortir que du vinyl en édition limitée?
S: Les groupes que nous produisons méritent ce qui se fait de mieux, pour un soutien vraiment total. Et pour nous, le vinyl est le meilleur format en terme de Metal. Ensuite, pour ce qui est d’une édition limitée, c’est naturel puisqu’il n’y a pas non plus des milliers de gens qui sont prêt à soutenir des groupes venus de contrées méconnues. Les gens sont bien mieux dans leur petit confort illusoire, à penser que seuls les groupes Européens encensés par “Merdallian” ou ce genre de lectures valent le détour. Et oui, la majorité des gens fonctionnent toujours suivant le principe du “si ce n’est pas connu, alors c’est que ce n’est pas bien”… Que ces feignasses aillent se faire foutre et écoutent de la variété. En tout cas je suis content que nos disques soient dans l’ensemble épuisés, il aura fallu beaucoup de temps pour certains he he, mais au final je pense que c’est positif pour l’underground. Il faut être radical dans sa démarche, c’est ce qui permet la survie d’une réelle qualité au sein de l’underground Metal.
e: Tu as sorti des disques de groupes monstrueux comme Goat Semen, Surrender Of Divinity, Barbatos, Mantak pour n’en citer que quelqu’uns dans mes préférés… Quelles sont, pour ta part, les sorties qui signifient le plus pour toi?
S: Impossible de choisir. Je suis très proche de tous les groupes que nous avons sortis. Car il ne s’agit pas simplement de musique évidemment, pas besoin de le préciser. Et vu le concept du label, qui est très élitiste et radical, la sélection est drastique, ce qui fait que le résultat d’une collaboration est toujours satisfaisant. Je suis donc fier de toutes nos sorties, sans exception!
e: Est-ce que tu reçois beaucoup de matériel promo en provenance du tiers-monde ? As tu découvert par ce biais certains groupes de ton label ou fais tu la démarche d’aller vers eux dans la plupart des cas?
S: Je reçois beaucoup de promos de groupes Européens souvent minables, jouant un style à la mode, et je ne comprendrai jamais pourquoi les gens perdent du temps et de l’argent ainsi ha ha ha, ils ont sûrement juste trouvé notre adresse quelque part sans même se pencher sur notre concept. Mais fermons la parenthèse! Au début, nous allions vers les groupes. Depuis quelques années, la tendance change et de plus en plus de groupes font la démarche de nous contacter. Nous avons pu découvrir des groupes qui ont désormais un excellent statut dans l’underground, tels Weapon, Ironfist ou Taarma. Ce type de groupes ont compris notre concept immédiatement et cela devient comme un rêve pour eux de signer avec nous! Nous ne faisons pourtant pas de super-productions, pas de CD’s pressés à des milliers d’exemplaires mais le concept radical de Legion Of Death permet d’interpeler les maniaks les plus extrémistes de l’underground et ainsi gagner un respect important auprès d’eux, ce qui permet par la suite à d’autres labels de leur proposer des projets, et je suis très fier de tout ça. Mais il y a toujours des groupes vers lesquels je vais car certains, étant donné la situation dans leur pays, n’ont absolument aucune notion lorsqu’il s’agit de se faire connaître, etc… Du coup des groupes au potentiel monstrueux pourraient tomber dans l’oubli, ce que j’essaie d’éviter hehe!
e: Quelles sont les conditions requises (hormis géographiques) pour une signature chez vous? Es-tu encore en contact avec la plupart des groupes qui sont sortis sur Legion Of Death?
S: Les conditions sont plutôt simples: pour nous, c’est 50% musique et 50% idéologie. Souvent, des groupes me contactent et proposent une musique intéressante mais leur concept est inexistant ou pire, leurs idées sont à l’opposé des nôtres, je pense notamment aux groupes proches de certains mouvements politiques et religieux. Ces groupes ne peuvent pas avoir notre soutien. Le Metal est au-dessus de ce type de considérations humanistes. Mais il est certain que cela vaut aussi pour l’inverse: un groupe aura beau avoir une idéologie excellente, nous ne pourrons pas les signer si leur musique est minable he he… Je suis bien sûr en contact avec tous les groupes que nous avons sorti, sur une base plus ou moins régulière bien sûr, mais ceci est naturel dans l’underground. Je distribue autant que possible toutes les sorties des groupes qui ont sorti un disque sur Legion Of Death.
e: Tu sembles beaucoup tenir à ce côté blasphématoire dans le Metal. Quand on se souvient qu’on disait d’Elvis, à ses débuts, qu’il jouait une musique démoniaque on peut se dire que, finalement, le rock n’ roll est la musique du Diable par définition…
S: Hehe tu as raison, le Rock n’ Roll reste l’une des bases du Metal! Mais la façon de voir Elvis comme quelqu’un d’influencé par le Diable, c’était celle de l’opinion publique… C’est pareil avec le Metal, certes, mais Elvis lui, ne s’est jamais vraiment vu comme un extrêmiste et encore moins comme un sataniste… Alors que dans le Metal, notamment le Black et le Death, le côté blasphématoire dont tu parles est volontairement recherché, et c’est bien normal. Je vomis sur ces groupes prétendant jouer du Death Metal ou du Black Metal mais qui ne sont que du Life Metal, à donner des leçons de savoir-vivre, à parler de politique ou de religion, etc… Ils n’ont rien compris, qu’ils passent à la Pop, cela leur conviendra mieux.
e: Je crois connaître la réponse mais, du coup, quelle est ta réaction quand le Metal se dénature de sa substance avec des groupes en plastique? N’est-ce pas pour autant un mal nécessaire, pour pouvoir discerner le mauvais du bon?
S: Un mal nécessaire? Non, je me passerais bien du monceau de groupes de trendies merdiques qui polluent et insultent le culte ultime du Metal! Mais je vois ce que tu veux dire… C’est sûr que du coup, le clivage entre l’underground et ce qui est mainstream/à la mode n’en est que plus important, pour ne pas dire abyssal! Bref, inutile de dire que je défèque purement et simplement sur tout ce qui est adulé par l’ignorant de base dont la seule source de connaissance sont les gros magazines Français disponibles en kiosque.
e: Est-ce que cet underground que tu soutiens avec passion perdrait de sa valeur à tes yeux si, tout à coup, il devenait la coqueluche d’autres labels et bénéficierait d’une meilleure exposition?
S: Si c’est fait dans les règles de l’art, c’est au contraire une fierté. Beaucoup de groupes que nous avons sorti ont ensuite trouvé d’excellents labels/contrats, certains étant parfois considérés comme “cultes”, que demander de plus! Les groupes que nous soutenons ne peuvent pas être appréciés par le faux metalleux lambda de toute façon. Donc l’exposition est plus ou moins importante, mais reste underground quoiqu’il arrive. Certains labels comme Drakkar, Hells Headbangers, Iron Bonehead, Nuclear War Now etc… fonctionnent très bien, que ce soit au niveau de leur notoriété ou d’un point de vue financier, et ça ne fait pas d’eux des labels qui cèdent à la mode et signent de la merde juste pour vendre, la démarche est totalement inverse. Bref, un groupe ou un style peut “marcher” tout en restant intègre et résolument underground. Pour prendre un exemple au hasard, il est évident que Surrender Of Divinity ne sera jamais signé sur Century Media, et quand bien même cela arriverait, ça voudrait dire que le groupe s’est fourvoyé en changeant son optique musicale et conceptuelle, ce qui n’est absolument pas possible. Ceci dit, des groupes de traîtres, il y en a beaucoup dans l’underground (je ne parle pas de Legion Of Death, heureusement), et il va de soit que je les conchie au dernier degré. L’intégrité est une valeur importante et inhérente au Metal.
e: L’actualité de ton label est assez chargée en cette rentrée 2008, en particulier avec ce LP complètement fou qui regroupe 8 groupes d’Afrique et du Moyen-Orient. Parle nous de ce disque incroyable…
S: C’est un projet qui nécessitera encore du travail, même si j’y suis depuis plus de 3 ans hehe… L’idée est effectivement unique: réunir 4 groupes d’Afrique et 4 du Moyen-Orient, et chacun d’eux propose un morceau inédit. Ce sera bien entendu disponible en format vinyle uniquement, comme toutes nos sorties, et le disque sera limité à 500 exemplaires. Voici pour l’instant le “line-up” du LP : SIDE AFRICA = Hellchasm d’Egypte, Agurzil du Maroc, Blackcrowned d’Afrique du Sud, Rex Mortyfier de Libye ; SIDE MIDDLE EAST : Ayat du Liban, Mephistophilius d’Arabie Saoudite, Deggial de Turquie, Ekove Efrits d’Iran. Ca ne se présente pas trop mal car il ne manque plus que 2 morceaux pour compléter le tout. N’ayons pas peur des mots, ce disque sera totalement historique hehe!!!
e: Bon, ça va peut-être te saoûler mais peut on revenir sur les raisons de ton split avec Deathspell Omega? De quel œil vois-tu leurs récentes réalisations qui, dans la plupart des cas, suscitent l’enthousiasme général des foules?
S: En fait ce qui me saoûle le plus, c’est les gens qui me posent des questions sur ce sujet mais se foutent totalement de mes groupes actuels que sont Arphaxat et Annthennath. Heureusement, ton honneur est sauf puisque plus bas, tu m’as laissé un espace pour ça hehehe… Ceci dit je suis content que la plupart des gens ait bien compris la différence entre la première et la seconde période de Deathspell Omega. Leurs derniers disques? Personnellement, j’adorais jouer du Black Metal dans ce groupe, mais le jazz avant-gardiste judéo-chrétien, ce n’est absolument pas pour moi. Les foules aiment ces horreurs car pour ces frustrés, ça leur permet de se faire passer pour des intellectuels, alors qu’au contraire, pour aimer ça, il faut avoir une connaissance du Black Metal et du satanisme proche du néant. J’ai fait la batterie et le chant (ainsi que la plupart des paroles) dans Deathspell Omega du début (1998) jusqu’en 2002, année où les autres membres ont subitement décidé de rejoindre la mode du “religious Black Metal”, qui cartonne en ce moment auprès des gens qui tiennent plus de l’emofag (hehe) que du black metalleux. Je ne pouvais pas continuer avec des gens qui ont trahi la cause à ce point. Encore pire que lors du split d’Hirilorn, mon premier groupe. Pour ce qui est des CD’s de Deathspell Omega sur lesquels je joue, ce sont en fait des ré-éditions de disques sortis uniquement en vinyle à l’époque, et ces CD’s sont des tirages illimités, disponibles dans toute bonne FNAC et que sais-je encore… Le tout sans mon accord, évidemment. Tout ceci en dit long sur l’état d’esprit de ce groupe dont l’un des buts est, pour reprendre des termes usités par les “For Him”, d’évangéliser la scène, comprendre : vendre un maximum de disques à des couillons. Et bien sûr les gens tombent dans le panneau car ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, et pensent que Deathspell Omega est un groupe underground, quelle mauvaise farce. Je fais donc abstraction de tout ça et je continue sur ma voie, dans le respect le plus total de la tradition du Black Metal grâce à mes groupes actuels.
e: Tu as aussi réalisé un tas de layouts pour des groupes excellents tels que Nuit Noire, Mantak, Peste Noire, Abigail, Impiety, Moonblood… Comment travailles tu sur ces visuels ? Quelles sont tes références en matière d’illustration?
S: En général, le groupe me fournit ce qu’il souhaite voir apparaître dans le layout, et ensuite je crée un ensemble aussi homogène que possible. J’essaie en général de rester sobre, dans le sens où je n’utilise pas des effets à outrance comme dans certains layouts mainstream qui ressemblent plus à de la Techno qu’à du Metal. Parfois, le groupe n’a aucune idée, et c’est un plaisir pour moi de chercher des visuels qui vont correspondre au concept, aux paroles et à la musique. J’ai énormément de livres remplis d’illustrations, peintures, dessins etc… Cela m’aide beaucoup. Mais je précise que je ne sais pas dessiner et que je ne suis pas capable de produire moi-même des illustrations, par contre je peux en rechercher pour le groupe. En terme d’illustrateurs dans le Metal, j’adore les travaux d’Erick Neyra, qui a d’ailleurs fait le logo de Legion Of Death Records. Je conseille également Sickness666, excellent artiste Thaïlandais prometteur, dans une veine rappelant un peu Chris Moyen mais à la différence qu’il donne beaucoup plus d’identité à ses oeuvres en fonction du projet, et ne se contente pas de refaire toujours la même chose. Je souhaite citer Nicola Solieri aussi, qui est également mon tatoueur hehe… Sinon, j’adore Bosch, Giger, Bruegel, Dürer, etc… Et bien sûr, je suis fasciné par l’art et l’architecture traditionnels du monde entier!
e: Côté musique, tu en est où? Quels sont tes projets en ce moment ?
S: Je joue dans Arphaxat (batterie/basse), et notre premier album va sortir d’un jour à l’autre sur Hells Headbangers (USA) en LP et CD. La version tape est déjà disponible chez Incoffin Productions (Thaïlande). Il s’appelle “Loudun La Maudite”. Il n’y a pas de guitare dans Arphaxat, à part des parties de guitare basse hehe… Nous sommes deux, l’autre membre étant Draken au chant (ex-Putrefactor). Il s’agit de Black Metal totalement primitif. L’album est un concept sur une histoire célèbre de notre région : Urbain Grandier et les possessions des Ursulines de Loudun, au XVIIème siècle. Sinon je chante et j’écris les paroles pour Annthennath depuis début 2008. Notre nouvel enregistrement est disponible en LP chez Necromancer Records (Allemagne), en tape chez Incoffin Productions (Thaïlande), et plus tard en CD chez Genocide Productions (Brésil). Annthennath pratique un Black Metal violent et anti-humain.
e: Je crois que tu n’aimes pas les hippies, pourquoi?
S: Haha on ne m’a jamais posé cette question! Intéressant, mais je pense que la réponse va de soit. La pseudo-culture hippie est à l’opposé de la culture Metal. Le Metal est fait pour des personnes qui ont une mentalité forte, qui ne se font pas d’illusions dans la vie, qui vont se baser sur des principes tels “only the strong survive”, “only death is real”, “live fast, die young” etc… Alors que les hippies, c’est “peace and love”, “on est tous frères” et ce genre de conneries humanistes totalement irréalistes. Ces gens n’acceptent pas de voir la réalité en face et de comprendre une fois pour toute que l’être humain est une gangrène. Pourtant ils pensent à l’avenir de cette planète, qui disparaîtra quoiqu’on fasse (tous ceux qui lisent ça seront morts avant que ça arrive de toute façon, donc on s’en contrefout). Leur foi en l’Homme est pathétique, et en plus ils aiment se reproduire, comme s’il n’y avait pas assez de vermine humaine partout. Leur ouverture d’esprit est aussi idiote qu’inutile. Ils ont toujours un espoir, même face à des faits accablants, or il n’y a aucun espoir sur cette planète et dans cette vie.
e: Tu soutiens également la scène Poitevine? Comment se porte t’elle?
S: Oui, je m’intéresse à la scène de mon pays, le Poitou, n’en déplaise à nos détracteurs qui sont persuadés que je ne soutiens absolument rien en Europe! Ici, la scène se porte de mieux en mieux, et tous les vrais styles de Metal sont représentés: Black, Death, Doom, Heavy, Thrash… J’ai créé une section spéciale sur notre webshop, pour que chacun puisse obtenir des productions de groupes Poitevins et je crois que ça a permis une sorte de dynamisme et d’unité ici. Certaines personnes m’écrivent de très loin pour me dire qu’ils apprécient la scène “made in Pictavia” hehe, c’est encourageant pour la suite, car en France actuellement, trop de gens ne jurent que par les horreurs à la mode venues de Paris. Nous avons l’ambition de changer cette mentalité. En terme de groupes, je peux citer Valuatir, The Bottle Doom Lazy Band, Quintessence, Deep Vein, Sael, Saigneur, Defunctus, etc…
e: Y a t’il quelque chose que tu veux ajouter pour conclure cette interview ?
S: Un grand merci à toi et à Emofag (CRUSH EMO FAGGOTS TILL DEATH!!!)!!! Je souhaite simplement dire aux lecteurs qu’ils se bougent le cul pour découvrir des groupes vraiment underground, et pas seulement pour leur musique mais aussi pour leur idéologie. Aussi, achetez de bons disques, que ce soit en vinyle/CD/cassette, car avoir sa collection sur son disque dur est une démarche digne d’un inculte et certainement pas celle d’un metalleux digne de ce nom. Nos contacts :
E-mail : shaxul@orange.fr
WebSite + WebShop : www.legionofdeathrecords.com
MSN : shaxul666@hotmail.fr
Snail Mail : LEGION OF DEATH Records / BP 21 / 86210 Bonneuil-Matours / France
BE METAL OR BE DEAD!!!
Shaxul






Hail,
Longue vie à Legion Of Death !!!
IA Shaxul IA !!!